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L'apartheid —— un problème saillant de la politique mondiale

Year:1988 Issue:1

Column: AFRIQUE

Author: Ge Jie

Release Date:1988-01-20

Page: 18-20

Full Text:  

L'obstination avec laquelle les autorités sud-africaines s'accrochent à leur politique d'apartheid, leur occupation illégale de la Namibie et leurs agressions contre les pays voisins ont fait de cette région un point chaud qui menace la paix dans le monde. De plus, les superpuissances ne se sont pas privées de se livrer à des ingérences.

Depuis l'invasion hollandaise au dix-septième siècle, puis l'invasion britannique au dix-neuvième, les Noirs d'Afrique du Sud ont été massacrés, réduits en esclavage et victimes de discriminations. Leur situation s'est encore aggravée après l'accession au Pouvoir du Parti national en 1948. Pour préserver la suprématie et la «pureté» des Blancs, le gouvernement a mis au point le système d'apartheid. L'afrique du Sud est le seul pays du monde où la ségrégation et la discrimination entre les races soient inscrites dans les lois.

La politique d'apartheid

Dans le cadre de ce système, les mariages «mixtes» sont interdits. L'ensemble des habitants de l'Afrique du Sud a été classifié selon l'appartenance raciale, et ceux qui ont été classifiés «Africains» doivent avoir sur eux un «laissez-passer» dès qu'ils atteignent l'âge de seize ans. On s'est également ingénie à réaliser la ségrégation au niveau de l'habitat, villes et campagnes ont été divisées en zones, et ces zones sont respectivement réservées aux membres d'une race, qui seuls peuvent y vivre ou y posséder des biens immobiliers. En outre, toute une masse de règlements qui régissent jusqu'aux moindres détails établissent des distinctions entre les races.

C'est la couleur de sa peau qui détermine la position sociale de chacun, ainsi que son lieu de résidence, l'éducation qu'il reçoit et le métier qu'il exerce.

En Afrique du Sud, les citoyens blancs jouissent d'un niveau de vie et de bien-être social élevé, tandis que les Noirs sont pauvres et misérables.

A la fin des années 1950, les autorités sud-africaines ont lancé le «programme des Bantoustans», qui consistait à délimiter des sortes de «réserves» pour les Noirs, un aspect de la politique d'apartheid. Dans le cadre de ce programme, les Noirs, qui représentent 73% de la population de l'Afrique du Sud, se voyaient attribuer dix «Etats nationaux» qui ne couvrait que 13% de la superficie du pays. Les Noirs ne pouvaient plus garder la nationalité sud-africaine une fois que ces «bantoustans» eurent été déclarés indépendants, si bien qu'ensuite, à titre d'ouvriers migrants «étrangers» au service des Blancs, les Noirs n'ont plus joui du droit de vote. Depuis les années 60, les autorités sud-africaines ont envoyé plus de 2 millions de Noirs des villes dans ces «bantoustans».

Les indigènes africains de Namibie sont dans une situation encore pire que celle des Noirs d'Afrique du Sud. En effet, le régime sud-africain a étendu l'ensemble de ses lois d'apartheid et de ses politiques de discrimination raciale à la Namibie. Pendant longtemps, les Noirs d'Afrique du Sud se sont limités à adresser des pétitions pacifiques et à la résistance non violente, tandis que les Namibiens pratiquaient des boycotts pacifiques et lançaient des appels à l'aide à l'ONU. Cette résistance passive s'est heurtée à une répression sanglante de la part des autorités Sud-africaines.

Après le honteux massacre de Sharpeville en 1960, des organisations de libération comme le Congrès national africain et le Congrès panafricain ont commencé à prendre les armes et à organiser une guérilla de faible envergure.

Le conflit s'est aggravé à partir de l'automne 1984. Les Noirs ont alors commencé à organiser des manifestations de niasse de façon répétée. Pour réprimer ce mouvement de masse, les autorités sud-africaines ont essayé toutes les mesures arbitraires et «musclées» qu'elles ont pu imaginer. Selon des rapports étrangers, plus de 1700 personnes ont trouvé la mort lors des confrontations avec la police depuis 1984. Pretoria a imposé l'état d'urgence le 12 juin 1986 dans tout le pays et s'est livré à des arrestations massives. En avril 1987, la revue Newsweek des Etats-Unis a écrit que 30 000 personnes avaient été arrêtées. Cette répression sanglante n'a cependant pas affaibli le mouvement contre l'apartheid. Apres chaque arrestation d'un groupe de dirigeants noirs, les autorités ont vu une nouvelle équipe prendre leur place. La lutte populaire qui se poursuit depuis deux ans en Afrique du Sud prouve que le mouvement des Noirs pour l'égalité des droits ne pourra absolument pas être écrasé. Les dirigeants noirs de la nouvelle génération sont prêts à obtenir les droits légitimes de leur peuple à n'importe quel prix.

L'invasion des pays voisins

L'apartheid qui règne en Afrique du Sud va à l'encontre du panafricanisme des autres pays africains, qui luttent pour la libération des Noirs. Le régime sud-africain a toujours eu une position opposée à celle des Noirs africains. Dans les années 60, les mouvements de libération nationale ont balayé le continent, et à ce moment-là certains pays d'Afrique australe ont obtenu leur indépendance. Dans le même temps, l'Afrique du Sud s'est acoquinée avec les colonialistes en Angola, en Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe) et au Mozambique.

Quand les pays voisins de l'Afrique du Sud ont proclamé leur indépendance, cellle-ci s'est mise à les envahir et à y soutenir les forces d'opposition, pour essayer de les déstabiliser. En agissant ainsi, l'Afrique du Sud avait deux objectifs: le premier, c'était de forcer les pays voisins à cesser de soutenir les mouvements de libération d'Afrique du Sud et de Namibie; le second, d'empêcher le développement des pays voisins, puisque celui-ci risquait d'encourager les Noirs d'Afrique du Sud et de Namibie.

Le régime sud-africain cherche à parvenir à ses fins en usant tantôt de la carotte tantôt du bâton. Avec un mépris total pour le droit international et la souveraineté des Etats, l'Afrique du Sud s'ingère dans les affaires intérieures de pays comme l'Angola, le Mozambique et le Botswana, ce qui lui vaut de violentes dénonciations de la part de la communauté internationale.

L'Afrique de Sud se croît libre d'agir ainsi car il n'y a dans la région aucune puissance qui puisse s'opposer à elle. L'Afrique du Sud a profité de sa richesse pour renforcer ses forces armées, au point qu'elle est maintenant, du point de vue militaire, le pays le plus puissant d'Afrique. Dans le même temps, en conséquence des longues années pendant lesquelles le joug colonial a pesé sur eux, les pays voisins sont extrêmement dépendants de l'Afrique du Sud pour une grande partie de leurs communications et de leurs transports, de leurs investissements, de leurs approvisionnements et de leurs exportations. Leurs économies sont vulnérables, du fait de leur sensibilité aux manipulations et pressions de l'Afrique du Sud.

Une réforme pacifique

Du fait des violentes critiques que suscitent sa politique intérieure et sa politique étrangère, l'Afrique du Sud est plus isolée que jamais sur la scène internationale. Sous la pression de l'opinion internationale, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et de nombreux autres pays qui ont des relations économiques avec l'Afrique du Sud ont dû prendre quelques sanctions contre Pretoria. Mais il reste encore à voir si cela va forcer le gouvernement de Pretoria à procéder à des réformes substantielles.

Il n'y a guère de chances, en fait, que le gouvernement sud-africain entreprenne des réformes substantielles, car l'apartheid est profendément enraciné dans l'économie, l'hisoire, la société et même la psychologie du pays.

La plus forte opposition aux réformes provient des Blancs privilégiés. En Afrique du Sud, les Blancs constituent 15% de la population, mais possèdent 87% des terres du pays. Les Noirs sont donc obligés de travailler pour les capitalistes et les propriétaires fonciers blancs pour des salaires de misère. De cette façon, l'apartheid a accordé certains privilèges légaux spéciaux aux Blancs, et a fait naître un état de choses qui permet aux Blancs propriétaires de terres ou d'usines de leur payer les salaires les plus faibles possibles.

Dans le même temps, la plupart des travailleurs blancs sont des employés de bureau ou des contremaîtres. Ils bénéficient d'un meilleur enseignement, d'une meilleure formation professionnelle, de meilleurs emplois et de meilleurs salaires que les Noirs.

Selon des statistiques non officielles, dans l'industrie manufacturière d'Afrique du Sud, les gestionnaires, les professionnels, les secrétaires, les représentants de commerce, les contre-maîtres et les techniciens sont pour la plupart blancs, tandis que la plupart des Noirs travaillent manuellement ou dans les domaines des transports, de l'entretien et de la production. On observe une distinction semblable dans les autres secteurs de l'économie.

Il résulte de ces différences dans les chances d'accéder aux emplois des différences de revenus: en 1984, les Blancs gagnaient en moyenne 1300 ranci par mois, les Indiens 630 rand, les «gens de couleur» 440 rand et les Noirs 330 rand. Il est évident que la réforme ne pourrait qu'apporter des désavantages aux Blancs.

L'apartheid a profondément marqué la psychologie sud-africaine, de façon particulièrement intense dans le cas des Afrikaners, c'est-à-dire les descendants des Hollandais. Ceux-ci représentent 60% des 4,8 millions des Blancs d'Afrique du Sud et ils contrôlent le pays par le biais de leur Parti national.

Les Afrikaners sont profondément convaincus de la supériorité de la race blanche et cette convinction repose sur une théorie absurde. Dans les débuts de leur installation en Afrique du Sud, ils se considéraient comme «le peuple élu de Dieu» et méprisaient les autres groupes ethniques qu'ils considéraient comme des «païens», des maudits qui devaient couper le bois et puiser l'eau pour eux. De nos jours, la «suprématie blanche en Afrique du Sud» est toujours pour eux un article de foi.

Il existe une différence entre les Afrikaners et les Français qui s'étaient installés en Algérie, ou les Britanniques an Kenya: il y a en effet très longtemps qu'ils n'ont plus aucun lien avec les Pays-Bas.

N'ayant nulle part où aller en cas de défaite, ils sont acculés et se battent avec l'énergie du désespoir, prêts à tout pour sauvegarder la situation privilégiée dont ils jouissent en Afrique du Sud.

De nombreux Afrikaners sont des partisans convaincus de l'apartheid.

Les statistiques montrent que, s'il y a une sympathie croissante parmi les Blancs envers les Noirs, et de plus en plus de Blancs qui participent à la lutte de Noirs, une écrasante majorité des Afrikaners soutiennent résolument le système d'apartheid, et les résistances à la réforme sont fortes.

On a assiste, lors des faibles tentatives de réformes limitées faites par Pretoria, au développement d'une force d'extrême-droite chez les Afrikaners. Bien que ses membres soient encore peu nombreux, ils sont puissants et ils se livrent à des excès croissants. Ils accusent le gouvernement de trahir les intérêts du peuple et disent que si l'apartheid est battu en brèche sur un point ou un autre, cela va faire comme lorsqu'une digue se rompt en un point: le torrent du mouvement de libération des Noirs va les emporter. Ils accusent le régime de faiblesse, et se sentent libres d'agir par eux-mêmes, y compris en recourant aux activités terroristes. Des activistes politiques noirs de premier plan ont été attaques ou assassines.

Certains mettent tous leurs espoirs en les initiatives des Blancs libéraux, car ceux-ci ont manifesté ces dernières années une certaine «clairvoyance» en paroles comme en actes. Mais ce sont surtout des industriels blancs «britanniques» qui n'ont pas le pouvoir politique d'imposer leurs revendications. Ils constituent la minorité au Parlement. En mai 1987, leurs sièges ont encore diminué à l'issue des élections parlementaires, tandis que les forces conservatrices qui s'opposent énergiguement à la réforme se sont beaucoup renforcées.

En outre les condamnations de l'opinion mondiale s'avérant inefficaces, les sanctions économiques devraient réussir là où les paroles ont échoués. Malheureusement, les produits miniers sud-africains sont d'une importance vitale pour l'économie et les forces armées des pays occidentaux. Ceux-ci, sous la montée des pressions intérieures et extérieures, ont dû faire des concessions, mais les sanctions qu'ils ont prises n'ont pas frappé ces produits essentiels. Et il n'est pas sûr, de plus, que ces sanctions soient strictement respectées.

C'est le cas par exemple des armes. Les Nations unies ont voté une résolution interdisant les ventes d'armes à l'Afrique du Sud en 1963, mais cela n'a pas empêché les pays occidentaux producteurs d'armements de vendre des brevets pour la production d'armes spéciales à l'Afrique du Sud. Ce pays a donc pu développer sa propre industrie militaire et se suffit en armes conventionnelles.

Le régime raciste d'Afrique Sud, comme tous les régimes réactionnaires, ne va pas quitter la scène de l'histoire de lui-même ni de bonne grâce. Les réelles pressions qui s'exercent sur lui sont celles du peuple sud-africain. Depuis près de deux ans et demi, la lutte des Noirs s'y est intensifiée, approfondissant la conscience des gens et donnant des quantités de précieuses leçons à toutes les organisations de libération. Nous pensons que le peuple sud-africain va trouver la stratégie la mieux adaptée à la situation qui prévaut dans son pays.

L'auteur est directrice de l'Institut d'études ouest-asiatiques et africaines de l'Académie des sciences sociales de Chine.


Les mineurs noirs se mettent en grève pour protester contre les autorités de Pretoria. Photo Xinhua

Les mineurs noirs se mettent en grève pour protester contre les autorités de Pretoria. Photo Xinhua

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