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Agriculture: un secteur qui souffre

Year:1988 Issue:1

Column: AFRIQUE

Author: Chen Zongde

Release Date:1988-01-20

Page: 21-24

Full Text:  

Le développement de l'économie africaine dépend, en dernière analyse, de celui de l'agriculture. Il est primordial d'accorder l'importance et le soutien nécessaire à ce secteur.

I

Au lendemain de leur accès à l'indépendance dans les années 1960, un grand nombre de pays africains ont nationalisé les fermes gérés par les Blancs et entrepris une réforme agraire, ce qui a modifié dans une certaine mesure la prédominance des propriétaires fonciers féodaux et a permis aux paysans sans terre ou n'en possédant que peu d'en obtenir. Les changements intervenus dans les rapports de production ont entraîné une certaine expansion du capitalisme dans les régions rurales, avec les fermes privées et d'Etat comme principal mode d'exploitation. Cela a eu comme résultat une augmentation de la production agricole et le taux de commercialisation des produits agricoles s'est élevé.

Mais il faut admettre que la plupart des pays africains ont donné en fait la priorité à l'industrie dans leur effort pour redresser leur économie. Et l'agriculture a beaucoup souffert de cette déviation.

Une série de graves problèmes qui s'étaient posés dans le secteur agricole pendant l'époque coloniale n'ont pas été résolus: le bas niveau de la production, une structure irrationnelle, qui donnait la priorité aux cultures industrielles aux dépens de la production céréalière, de la pêche, de l'élevage et de la sylviculture, et l'état arriéré de la technique. Si le sous-développement de l'agriculture n'a pas porté gravement atteinte à la santé de l'ensemble de l'économie dans les années 60 où la croissance démographique ne pesait pas lourdement dans la vie économique, la crise agricole est aujourd'hui souvent aggravée par l'augmentation galopante de la population et l'éclatement périodique de calamités naturelles.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les importations africaines de céréales durant les années 70 aient dû augmenter chaque année de 8,4% en moyenne, pour dépasser en 1980 les 20 millions de tonnes, qui ont coûté 5 milliards de dollars américains (frais de transport non compris). En plus de cela, la communauté internationale a accru, elle aussi, son assistance en céréales à l'Afrique (1,5 million de tonnes en 1980).

Le développement de l'ensemble de l'économie ayant été entrave par une agriculture retardataire, beaucoup de pays africains ont réalisé quel était le plus grave défi actuel auquel l'Afrique fait face. Ils se sont rendu compte que l'amélioration de la productivité de l'agriculture était la condition préalable et la force motrice du développement de l'industrie, l'industrialisation dépendant dans une grande mesure du progrès rapide de la production agricole.

1. Comprendre l'importance de l'agriculture

L'agriculture constitue la base de l'économie nationale. Or, ce ne sont pas tous les pays en voie de développement qui comprennent que le développement de la production agricole peut entraîner celui des autres secteurs économiques, de l'industrie en particulier.

En abordant la question de savoir comment développer l'économie dans les rélions sous-développées, les économistes occidentaux ont toujours souligné que l'expansion de l'industrie aurait comme résultat davantage d'offres d'emploi et une assistance technique et financière plus importante aux autres branches économiques. Ils ignorent ou négligent le rôle que joue l'agriculture. C'est précisément cette négligence qui a apporté des malheurs. Citons le cas de beaucoup de pays africains qui, en se conformant à cette théorie, se sont fixé comme tâche primordiale de développer l'industrie et devaient s'enliser dans des crises économiques à des degrés différents.

Le Nigeria possédait une agriculture assez florissante au début des années 1960, en accroissant sans cesse l'exportation de produits agricoles. Il était par exemple l'un des principaux pays exportateurs d'arachides, d'huile d'arachide, de noix et huile de palmier, et il occupait la deuxième place, après le Ghana, dans l'exportation de cacao. Les revenus qui provenaient de la production agricole avaient financé l'expansion de l'industrie manufacturière et des services, et la plupart des devises que nécessitaient la construction de routes et les travaux d'infrastructure avaient été fournies par le secteur agricole. Or, un «boom pétrolier» a démarré au milieu des années 60, ce qui a barré la route à la progression continue de l'agriculture. Entre 1960 et 1980, bien que l'économie nigériane ait continué à croître à un rythme annuel moyen de 4,8%, la production agricole, elle, est restée inchangée. Durant toutes les années 70, les exportations nigérianes de produits agricoles n'ont cessé de diminuer, tandis que le volume des importations a quadruplé jusqu'à ce que le pays soit devenu, à la fin de cette décennie, un pays entièrement importateur de produits agricoles. Le Nigeria doit maintenant importer certains produits qu'il exportait traditionnellement, tels que l'huile de palmier et les arachides. Les profits exhorbitants tirés de la production de pétrole ont permis, il est vrai, d'accélérer la restructuration de l'économie. Mais le sacrifice de l'agriculture a eu des conséquences non désirables.

Le Cameroun, par contre, est un bon exemple. Depuis toujours, il a accordé la première importance à l'agriculture dans son plan de développement économique, et a obtenu des résultats encourageants. Avant l'indépendance du pays, son économie reposait entièrement sur l'exportation de cultures industrielles, telles que le cacao et le café. Les vivres dont avait besoin la population du pays étaient toutes achetées à l'étranger. Or les conditions naturelles au Cameroun sont propices à toutes sortes de cultures. Le gouvernement camerounais a cherché à développer progressivement toutes sortes de cultures, tout en continuant ses exportations traditionnelles. Et diverses mesures ont été prises pour réaliser cet objectif. Même après que le pétrole soit devenu le principal produit d'exportation, le Cameroun a toujours considéré l'agriculture comme un secteur à développer en priorité. Ainsi, des résultats remarquables ont pu être obtenus dans le développement de l'économie. Et, en particulier, la production céréalière du pays couvre les besoins nationaux. De 1970 à 1979, le taux moyen de croissance annuelle du PIB s'est maintenu au-dessus de 4 %.

2. Augmenter les investissements agricoles

Depuis des années, de nombreux pays d'Afrique considèrent l'agriculture comme un secteur principal de la production. Toutefois, ce secteur n'occupe pas la place qu'il devrait avoir dans le budget du gouvernement. De 1967 à 1973, les investissements agricoles des pays d'Afrique ne représentaient que 5-6 % du budget du gouvernement, tandis que la valeur globale de la production agricole représentait un tiers du PIB.

Pour développer l'agriculture, il faut accroître les investissements dans ce domaine. Car c'est le seul moyen qui permet de renforcer les travaux d'infrastructure, comme, par exemple, l'amélioration du réseau de transport, l'augmentation de l'équipement de réserve et la construction d'installations pour l'irrigation des champs. Et l'accroissement des investissements agricoles favorise aussi la recherche agronomique, l'exploitation de techniques avancées qui sont adaptées au niveau actuel de l'Afrique, ainsi que l'élévation du rendement agricole.

3. Faire une réforme convenable du système de la gestion agricole

Apres l'indépendance, dans beaucoup de pays africains, l'Etat a joué un grand rôle dans le développement de l'économie et a contrôlé l'ensemble de l'économie nationale à travers les entreprises étatiques et para-étatiques. Dans la plupart des pays d'Afrique, l'achat et la vente des produits agricoles et l'approvisionnement en moyens de production agricole étaient contrôlé, ou même monopolisés, par les institutions gouvernementales. Cela était nécessaire lorsque l'économie nationale se trouvait à l'étape initiale de son développement. En effet, dans les pays d'Afrique qui venaient d'accéder à l'indépendance, les exportations de marchandise de ce genre s'effectuaient sous la mainmise de sociétés étrangères et de marchands immigrés. L'exportation de cultures industrielles jouant un rôle très important dans l'économie nationale, cette situation portait préjudice à ces pays. A l'époque seul le gouvernement était capable de se livrer à la vente de produits agricoles et à d'autres activités qui s'y rapportaient. Cependant, beaucoup de lacunes, qui ne favorisèrent pas le développement de la production agricole, sont apparues, après de nombreuses années pendant lesquelles la vente des produits agricoles a été entièrement contrôlée par des sociétés étatiques et para-étatiques. A cause du chevauchement de leurs structures, de leur mauvaise gestion et ainsi que pour d'autres raisons, ces sociétés d'Etat, qui manquaient d'efficacité, se sont révélées incapables de fournir à temps les services nécessaires au secteur agricole, alors qu'en même temps les autres secteurs d'économie avaient beaucoup de difficultés pour remédier à cet état de choses en raison du monopole des sociétés d'Etat.

Dans les années 60, d'aucuns ont estime que c'est en réalisant le plus vite possible la mécanisation agricole qu'on pouvait mettre fin à cette stagnation de fa production agricole causée par le mode traditionnel, qui était caractérisé par la faiblesse de l'apport et du rendement. Ainsi, dans les années 60 et 70, beaucoup de pays d'Afrique ont centré leurs efforts et leurs investissements sur la construction de grandes fermes d'Etat et d'autres programmes agricoles, négligeant le rôle important que les paysans jouent dans la production agricole. En matière de capitaux, de techniques et d'investissements agricoles, ceux-ci n'ont obtenu que peu d'aide du gouvernement. En réalité, les paysans occupent une place très importante dans la production agricole des pays d'Afrique: environ 90 % d'entre eux sont propriétaires de leurs terres, et les céréales et les cultures industrielles qu'ils produisent constituent une part importante de la production globale du continent. Aussi, aider les paysans dans leurs activités productives est-il un moyen important d'augmenter la production agricole.

4. Rationaliser la structure des prix

Le niveau des prix exerce une influence non seulement sur le niveau et la structure de la production et de la consommation, mais aussi sur la distribution des ressources sociales. Par là, on peut voir son rôle non négligeable dans le développement des forces productives. Mais le problème des prix concerne non seulement le secteur agricole, mais aussi toutes les activités économiques; même le rendement en dépend.

Dans la plupart des pays d'Afrique, le prix des produits agricoles, fixé par le gouvernement, est un peu bas. Le prix des céréales, par exemple, est fixé selon deux critères: premièrement, le prix devra encourager la production agricole et, deuxièmement, le prix devra être assez raisonnable pour être acceptés par les consommateurs de la ville. Mais, pour maintenir la stabilité sociale, le gouvernement a toujours accordé de l'importance au second de ces critères. Cette façon de faire a, bien entendu, réduit les revenus des paysans et a refroidi, en conséquence, leur enthousiasme.

Une structure rationnelle des prix peut non seulement donner une grande impulsion au développement agricole, mais elle peut aussi accroître les revenus financiers. De plus, l'élévation des revenus ruraux fournira à l'industrie nationale un marché plus vaste et plus stable, et accélérera le développement industriel du pays.

5. Améliorer la technique de production agricole

Outre l'influence des facteurs socio-économiques, le retard technique est aussi une des causes importantes du retard des pays d'Afrique en matière de production agricole. Mis à part quelques exceptions, un mode de production traditionnel, voire même primitif, est toujours employé en Afrique, Le travail manuel a toujours joué un rôle très important tant dans la production des céréales et d'autres cultures que dans l'élevage et la pisciculture. Les animaux, quant à eux, ne servent qu'aux transports et au labourage des champs. Les machines, elles, sont rarement utilisées dans la production agricole.

Les ressources hydrauliques sont abondantes en Afrique. Sans compter les lacs et les fleuves qui fournissent l'humidité à la surface de la terre, il y a encore beaucoup d'eaux souterraines. Malheureusement, on n'en a pas bien profité. La plupart des installations d'irrigation sont destinées seulement à la production des cultures industrielles. La superficie des champs irrigués de chaque pays ne dépasse pas en général 10%; dans la plupart des pays, cette proportion ne dépasse même pas 5%. De plus, on utilise très peu d'engrais chimiques et d'insecticides dans la production agricole.

Il apparaît que les pays d'Afrique se sont déjà rendu compte de la gravité du problème agricole anjourd'hui et ont déjà pris, ou sont en train de le faire, certaines mesures pour le résoudre. Par exemple, «le plan d'action de Lagos» visant à réaliser la stratégie du développement économique de l'Afrique, formulée lors de la conférence au sommet africain de Monrovia et promulgué en 1980, est une manifestation des efforts que les pays d'Afrique font pour en finir avec le problème des céréales et de l'agriculture. Parallèlement, les pays d'Afrique ont organisé à maintes reprises des discussions au sujet des problèmes agricoles, à la suite desquelles des mesures ont été prises. Il s'agissait, par exemple, d'augmenter les investissements agricoles, de réajuster les fonctions de l'Etat dans la vie économique, d'intégrer les secteurs économiques privés dans les activités de la production agricole et, même, d'élever le prix des produits agricoles du pays.

Les immenses ressources du continent africain lui permettraient d'avoir une agriculture très développée. Mais à l'heure actuel le, à cause des entraves de diverses natures, ces ressources n'ont, dans une grande mesure, pas encore été exploitées. Pour ce faire, il importe de créer un environnement favorable au développement agricole et à l'établissement d'une agriculture stable. Il est vrai que c'est en comptant sur leurs propres efforts que les pays d'Afrique peuvent accomplir cette tâche. Mais le soutien accordé par la communauté internationale est également indispensable.

L'auteur est directeur adjoint de l'Institut d'études ouest-asiatiques et africaines de l'Académie des sciences sociales de Chine.

Les anacardes sont une des principales cultures industrielles du Mozambique. Voici une usine de traitement d'anacardes à Maputo. Photo Wang Jingde

Les anacardes sont une des principales cultures industrielles du Mozambique. Voici une usine de traitement d'anacardes à Maputo. Photo Wang Jingde

Améliorer les espèces de vaches est l'une des mesures prises par le Zimbabwe pour développer l'économie agricole. Phtot Guan Yunqiu

Améliorer les espèces de vaches est l'une des mesures prises par le Zimbabwe pour développer l'économie agricole. Phtot Guan Yunqiu

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