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A la recherche d'une voie nouvelle

Year:1988 Issue:1

Column: DOSSIER DU MOIS

Author:

Release Date:1988-01-20

Page: 38-42

Full Text:  

de nos journalistes Guan Jian, Lü Zhixiang et Li Weiyi

DAQIUZHUANG, un village autrefois très connu pour sa pauvreté, a-t-il changé de visage? Oui. Les terres sont toujours les mêmes; les gens aussi. Mais il s'est enrichi, de sorte que beaucoup de régions où les conditions naturelles sont meilleures éprouvent, maintenant, un sentiment d'envie envers lui. Pour certains, c'est vraiment incroyable. Pourtant, c'est un fait. Pour connaître les raisons de ce changement, nous y sommes allés avec une curiosité mêlée de doute...

Un village? Pas tout à fait

A notre arrivée, le soleil tombait. Après nous être installés dans un grand hôtel semblable à n'importe quel hôtel d'une ville moyenne, nous sommes sortis pour jouir un peu du calme et de la fraîcheur champêtres auxquels nous aspirions depuis longtemps. Mais nous avons eu la surprise de voir des scènes différentes.

En effet, à la lumière des jolis réverbères, des bicyclettes, des voitures de différents types et des passants circulaient en grand nombre. Les magasins et les restaurants étaient bien achalandés. De loin, les grondements de grandes machines perçaient le silence nocturne: les usines tournaient toujours. Nous regrettions de n'avoir pas trouvé un village tranquille. Mais nous étions tout de même joyeux car nous voyions de nos propres yeux que Daqiuzhuang n'était plus pauvre.

Nous étions très impatients d'apprendre ce qui lui avait permis de réaliser cette complète métamorphose.

Réflexions sur l'histoire

Le village de Daqiuzhuang se trouve dans le district de Jinghai, près de la mer de Bohai, à cinquante kilomètres de la ville de Tianjin, à une altitude de 15 mètres, au centre de la dépression de Tuanbowa. Les terres y sont salines et alcalines. Il est donc difficile d'y cultiver des céréales.

Depuis plus de mille ans, Daqiuzhuang était connu pour sa pauvreté. Après la libération en 1948, la vie des villageois a commencé à s'améliorer. Cependant, ils ne se sont pas vraiment débarrasses de la pauvreté. Avant 1978, dans les villages voisins, courait encore une chanson nette: «Mieux vaut manger du son que de marier sa fille à un gars de Daqiuzhuang.» A ce moment-là, sur les 2822 habitants du village, 250 hommes ne s'étaient pas mariés, étant trop pauvres pour cela.

En 1976, après la chute de la «bande des Quatre» qui avait pousse la Chine au bord de l'abîme, les villageois de Daqiuzhuang se sont réunis pendant trois jours. Ils ont fait beaucoup de reproches aux cadres qui étaient pourtant habillés de vêtements aussi usés que les leurs.

Yu Zuomin, alors chef de la brigade de production de Daqiuzhuang, a pris leur parti en disant: «Chers amis, je suis désolé de vous avoir fait subir beaucoup de souffrances. Vous me critiquez. Je ne me plains pas. Je regrette seulement de n'avoir pas travaillé à mon idée... Donnez-moi trois ans si vous me faites encore confiance, et je vais transformer notre village.»

Les villageois, qui le comprenaient bien, lui ont répondu par de vifs applaudissements.

Sur la proposition de Yu Zuomin, les paysans du village se sont livrés à une étude et à une réflexion sur le passé:

— Au cours de l'histoire de l'humanité, la lutte contre la pauvreté a été perpétuelle. Le but du socialisme est de libérer les forces productives et d'assurer une vie meilleure aux masses laborieuses. Mais pendant longtemps on a tout centré sur la «lutte de classes» au détriment du développement de la production. C'est ainsi qu'on n'a pu se sortir de la pauvreté...

— Autrefois on a donné la priorité unilatéralement à la production des céréales, au détriment du développement des autres activités agricoles. Comme les prix des céréales étaient bas, la production céréalière ne pouvait rapporter de gros bénéfices aux paysans. Dans bien des domaines les campagnes ont dû dépendre ainsi des villes industrielles et on ne pouvait guère espérer voir de grands changements dans les régions pauvres...

Ces réflexions ont permis aux paysans de Daqiuzhuang de comprendre les causes de leur pauvreté. A l'issue de plusieurs jours de chaudes discussions, ils sont parvenus à une conclusion commune: «Il faut entreprendre une réforme!»

Sur le chemin de la réforme

En 1978, la troisième session du Comité central issu du XIe congrès du PCC a débarrassé la Chine de la ligne politique «de gauche» et fait de la réforme économique la plus importante tâche de l'ensemble du pays. Les habitants de Daqiuzhuang ont accéléré leur marche sur le chemin de la réforme. De 1978 à 1987, on a compté quatre étapes:

1. L'élimination de la «grande marmite» et la division en groupes de travail.

En 1978, l'ancienne brigade de production a été divisée en cinquante-deux groupes de production. Les villageois avaient le droit de choisir le leur. L'exploitation unifiée par la brigade et le revenu calculé par groupe ont résolu le problème de la main-d'œuvre en surnombre dans la production de grain, et ont brisé 1a «grande marmite» dans la distribution. En conséquence, le nombre des cultivateurs est tombé de 1 200 à 550, en même temps que la production de grain passait de 1 200 à 1 400 tonnes. Désormais, on a diversifié l'économie et construit, grâce à la main-d'œuvre non nécessaire à l'agriculture, une usine de laminage de l'acier. Le village de Daqiuzhuang possédait pour la première fois une industrie; cela a été son premier pas sur le chemin de réforme.

2. L'instauration du système de responsabilité professionnelle dans le travail.

En 1982, le village a fait son deuxième pas dans la réforme: on a redivisé la brigade en quinze unités de production et on a mis en vigueur le système de responsabilité professionnelle dans le travail, pour briser la «grande marmite» qui existait encore dans les groupes de production. Parmi les quinze nouvelles unités de production, il n'y en avait qu'une qui s'occupait de la production de céréales. Cette unité comportait 220 agriculteurs. Ainsi, 330 personnes ont pu quitter les travaux des champs pour se lancer dans l'industrie ou d'autres occupations. L'agriculture, l'industrie et les activités d'appoint étaient organisées par la brigade. La production était réalisée à forfait par les différentes unités qui, à leur tour, la faisaient faire à forfait aux individus. Par conséquent, tout le monde a travaillé de toutes ses forces et, en 1982, la production de grain a été de 1 500 tonnes, et le revenu net de la brigade a énormément augmenté, atteignant les 4,2 millions de yuan.

3. Un changement décisif dans la structure de l'économie, de la production et de la direction.

Avec l'approbation des autorités du canton et du district, on a transformé en 1983, la brigade de production en Société agro-industrielle et commerciale de Daqiuzhuang, dont Yu Zuomin a assumé les fonctions de directeur général. Il ne s'agissait pas d'un simple changement de nom, mais d'une réforme importante entreprise pour favoriser le développement de la production marchande. Désormais, l'agriculture, l'industrie, l'élevage, la pêche et le commerce bénéficiaient d'une même attention. Un nouveau village allait voir le jour!

4. Approfondissement et accélération de la réforme.

De 1984 à 1987, les habitants de Daqiuzhuang ont déployé tous leurs efforts pour améliorer la qualité des sols. Ils ont introduit des machines agricoles modernes; ils ont planté des arbres fruitiers; ils ont recouru à des méthodes scientifiques pour développer l'agriculture et l'élevage. Aujourd'hui, la Société agroindustrielle et commerciale possède une ferme et quatre entreprises qui ont également, sous leur direction, un grand nombre d'usines.

Ce tableau montre les heureux résultats de neuf ans de réformes à Daqiuzhuang.

Ces dernières années,les habitants de Daqiuzhuang ont trouvé une série de méthodes scientifiques de production, de gestion et de direction. Ils ont dit:

«La Chine doit devenir un pays socialiste et moderne tout en conservant son caractère chinois. Quant à notre village de Daqiuzhuang, il doit aussi se transformer en ce sens.»

Les caractères de la réforme à Daqiuzhuang

Voici en quoi a consisté la réforme, très caractéristique, au village de Daqinzhuang:

1. L'industrie a été développée non pour remplacer l'agriculture, mais pour la promouvoir.

A présent, dans certaines rélions du pays, nombre de paysans, trop pressés de s'enrichir, abandonnent sans réfléchir l'agriculture. Le résultat, c'est que l'agriculture s'affaiblit peu à peu dans leurs villages, ce qui est vraiment inquiétant!

A Daqiuzhuang, ce danger n'existe pas, bien qu'on ait reconverti dans l'industrie 90% des agriculteurs. Aujourd'hui, le village possède 117 entreprises industrielles employant 4 000 personnes. Les produits industriels de Daqiuzhuang se vendent dans vingt-cinq provinces et villes. En 1987, on a produit pour une valeur de 220 millions de yuan, et presque tous les agriculteurs ont reçu environ 10 000 yuan de revenu. Mais les villageois n'ont pas abandonné la production céréalière. Au contraire ils y ont toujours accordé une grande importance. «Notre pays est très peuplé, il nous faut nous suffire en grains. Si tous les paysans désertaient leurs terres, qu'est-ce qui arriverait?» nous ont dit les gens de Daqiuzhuang.

Nous avons été heureux de voir que la superficie des terres cultivées à Daqiuzhuang n'a pas été réduite, malgré le développement des entreprises industrielles, et que la production agricole n'a pas cessé de s'accroître. En 1986, la ferme, composée seulement de 14 membres, produit 2 150 tonnes de grains.

2. La modernisation de la direction.

Yu Zuomin, grand chef de la Société agroindustrielle et commerciale de Daqiuzhuang, est reconnu comme un grand industriel-paysan clairvoyant. Il a un «cabinet» uni et compétent. Ses principaux adjoints sont tous d'anciens paysans qui n'avaient eu affaire jusque-là qu'à la terre. C'est vraiment difficile pour eux de diriger une telle entreprise. Mais ils ont trouvé leurs propres moyens de s'organiser.

Ils attachent de l'importance à l'acquisition d'une compétence dans le domaine de la gestion. Ils ont consulté des ouvrages traitant des sciences de la gestion dans les entreprises modernes. Ils savent recourir à l'expérience d'autrui. Pour éviter la bureaucratie et les paperasseries, le quartier général de la Société ne comporte que treize cadres.

La Société nomme seulement les directeurs des différentes entreprises qui en dépendent. Ceux-ci nomment leurs propres adjoints et les chefs des usines relevant de leurs entreprises. Cette mesure permet de raffermir l'unité du groupe dirigeant, pour qu'il puisse travailler en coopération étroite.

Dans le travail, Yu Zuomin est sévère. Il impose aux cadres une discipline rigoureuse: par exemple, il est interdit aux cadres d'accepter des cadeaux, ainsi que de faire ripaille, de se laisser aller au gaspillage, ou de tirer profit de leur rang à des fins égoïstes.

Pourtant, Yu Zuomin se préoccupe beaucoup de la vie des cadres et des travailleurs. Il résoud toujours à temps leurs problèmes quotidiens pour qu'ils ne soient préoccupés par rien lorsqu'ils travaillent.

Les travailleurs des différentes entreprises de la Société gagnent le même salaire de base. Mais les primes peuvent varier beaucoup. De plus, en fonction de l'importance des différentes entreprises, la Société prélève sur chacune d'elles un certain pourcentage des bénéfices réalisés pour alimenter un fonds de bien-être en faveur de l'ensemble des travailleurs. A la fin de chaque année, elle accorde une prime spéciale aux unités d'avant-garde et aux travailleurs d'élite. Aux unités qui ne réalisent pas directement de bénéfices, comme par exemple la crèche, le jardin d'enfants et l'école, elle accorde un fonds spécial pour récompenser leur personnel.

A Daqiuzhuang, on châtie également ceux qui ne travaillent pas bien et ceux qui causent des pertes à la production. Yu Zuomin et ses adjoints traitent tout le monde de la même façon.

4. Une grande importance est donnée à l'éducation.

Selon les gens de Daqiuzhuang, on ne peut pas bien se nourrir sans l'agriculture; on ne peut pas se débarrasser de la pauvreté sans l'industrie; on ne peut pas s'enrichir sans le commerce; et on ne peut pas faire progresser tout cela sans les connaissances culturelles et scientifiques nécessaires. Nous avons visité tout d'abord le jardin d'enfants, où les petits bambins nous ont accueillis en présentant plusieurs numéros de chants et de danses, puis l'école, qui a éveillé en nous un intérêt plus profond encore.

Le directeur de l'école est un jeune homme de trente ans. Il pense actuellement aux mesures ultérieures de réforme. Il envisage par exemple de créer une école secondaire technique dans le but de former davantage de techniciens pour les usines du village.

«Si nous avons pu accomplir certains progrès marquants, c'est également parce que nous accordons une grande importance aux sciences et aux techniques», nous a dit un technicien-paysan de Daqiuzhuang.

On dit souvent que les paysans ont un esprit plus conservateur. Mais ce n'est pas le cas à Daqiuzhuang. En fait, dans ce petit village, les cadres comme les simples travailleurs, les jeunes comme les vieux, tout le monde manifeste un intérêt enthousiaste pour les choses nouvelles. Ils utilisent de nouvelles techniques, recourent à des semences sélectionnées et s'efforcent de maîtriser toutes les connaissances scientifiques utiles... Ils invitent des professeurs, des scientifiques et des techniciens d'autres régions à venir travailler ou leur donner des conseils. A tous ceux qui ont apporté ou qui pourront apporter une importante contribution au développement du village, la Société offre, à titre gracieux, une habitation moderne. Il s'agit de petites villas équipées de téléviseurs couleur et de réfrigérateurs.

La Société a créé il y a trois ans, en coopération avec l'institut polytechnique de Tianjin, une école annexe de l'institut à Daqiuzhuang. On choisit des jeunes gens du village pour y recevoir une éducation supérieure. A cet effet, la Société a déjà versé plus de 470 000 yuan. On peut dire que les paysans de Daqiuzhuang ont vraiment une prévoyance admirable.

5. Il ne faut pas devenir l'esclave de l'argent.

Les villageois de Daqiuzhuang se sont enrichis. Mais cela n'a pas faire perdre leur honnêteté. Selon eux, l'homme ne doit jamais devenir l'esclave de l'argent; on doit toujours se préoccuper des intérêts de l'Etat, de la collectivité et des autres. En 1986, Daquizhuang a offert 90 000 yuan aux villages voisins pour les aider à développer la production.

Nous avons par ailleurs l'impression qu'une profonde fraternité règne à Daqiuzhuang et unit les gens qui y travaillent.

Les activités superstitueuses ont disparu à Daqiuzhuang, et personne ne se livre à des jeux d'argent. Il y a une dizaine d'années qu'on n'a pas relevé d'infraction à la loi. Le planning familial a aussi obtenu d'excellents résultats dans ce village, bien que d'ordinaire il rencontre des obstacles dans certaines autres régions rurales.

Nous avons très envie d'interviewer Yu Zuomin, ce grand paysan légendaire. Or, il ne peut malheureusement nous accorder que cinq minutes, parce qu'il est trop occupé. Mais ces cinq minutes nous ont fait une impression durable. Cet homme mince et de bonne allure nous a dit: «Je vous prie de transmettre à vos lecteurs mes sincères et chaleureuses salutations. Dites-leur vos impressions sur notre village, non seulement ce qui vous plaît, mais aussi ce qui vous déplaît. Nous entreprenons une expérience, probablement une expérience sans précédent. Notre but est d'extirper les racines de la pauvreté et de créer un village d'avant-garde. Ne croyez pas que nous abandonnerons l'agriculure. L'homme vit grâce à l'agriculture. Sans l'agriculture, on ne peut rien. Mais cela ne veut pas dire que les paysans doivent se considérer comme immuablement cloués à leurs terres et moins encore que les régions rurales ne doivent pas s'industrialiser. A notre époque, pour développer l'agriculture, il faut développer en même temps l'industrie. Les paysans doivent eux aussi se livrer à des activités industrielles, ainsi que culturelles et scientifiques. Cela entraînera un développement énergique de l'agriculture et une amélioration constante du niveau de vie de la paysannerie...»

A ces mots, nous n'avons plus rien à ajouter. Bien sûr, tout n'est pas parfait à Daqiuzhuang. Mais nous avons la liberté de laisser ce qui ne nous plaît pas de côté. Le plus important est que ce petit village, qui est situé dans un environnement naturel hostile, a changé de visage et a beaucoup progressé. Les paysans de Daqiuzhuang ont voulu en finir avec le passé; ils sont à la recherche d'une nouvelle voie, une voie qui combine l'agriculture avec l'industrie et le commerce, et dans ce sens, ils ont obtenu des résultats significatifs.

Nous avons dit au revoir à Yu et à son village. Leur image est toujours restée gravée dans nos mémoires, jusqu'à ce jour.

Yu Zuomin, un des dix plus célèbres «industriels-paysans» du pays. Photo Li Weiyi

Yu Zuomin, un des dix plus célèbres «industriels-paysans» du pays. Photo Li Weiyi

Un atelier de transformateurs dans le village de Daqiuzhuang. Photo Li Weiyi

Un atelier de transformateurs dans le village de Daqiuzhuang. Photo Li Weiyi

Tous les enfants du village vont à l'école. Photo Li Weiyi

Tous les enfants du village vont à l'école. Photo Li Weiyi

Le village a construit des logements modernes pour les personnes de talent. Photo Li Weiyi

Le village a construit des logements modernes pour les personnes de talent. Photo Li Weiyi

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